L’éducation peut-elle définir les orientations de l’IA ?

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L’article de Diana Carolina Fajardo-Ramos, Andrés Chiappe et Sandra Martínez-Pérez, publié le 23 octobre 2026 dans la revue Frontiers in Education, examine la place de l’intelligence artificielle générative (IA) dans l’éducation et défend la nécessité de faire primer les objectifs pédagogiques sur les évolutions technologiques.

Les auteurs introduisent le concept d’« innovation simulée » (simulated innovation) pour désigner les situations où l’adoption de nouvelles technologies donne une impression de modernisation sans transformer réellement les pratiques pédagogiques, les méthodes d’évaluation, l’autonomie des élèves ou le rôle des enseignants. L’innovation est alors mesurée par la présence et l’utilisation des outils numériques plutôt que par leurs effets concrets sur les apprentissages, l’équité et la qualité de l’enseignement.

L’IA générative accentue ce problème, car elle peut produire des textes, des explications, des commentaires et des travaux qui ressemblent à des preuves de compréhension ou de réflexion. Elle oblige ainsi les établissements à repenser les critères d’évaluation, l’attribution des travaux, la place du raisonnement personnel et la responsabilité des apprenants.

Pour dépasser cette logique, les auteurs proposent le principe de primauté pédagogique (pedagogical primacy) : au lieu d’adapter l’éducation aux technologies disponibles, il faut d’abord définir les objectifs éducatifs, les besoins des apprenants et les limites éthiques, puis déterminer si et comment l’IA peut contribuer à les atteindre.

La formation des enseignants joue un rôle stratégique dans cette démarche. Elle doit développer non seulement les compétences techniques nécessaires à l’utilisation de l’IA, mais aussi la capacité à évaluer la fiabilité des résultats, à exercer un jugement critique, à concevoir des évaluations adaptées et à préserver l’autonomie des élèves. Cette responsabilité ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les enseignants : elle nécessite également des politiques institutionnelles, des cadres de gouvernance et la participation des élèves et des autres acteurs de l’éducation.

Conclusion : l’enjeu n’est pas simplement d’intégrer l’IA dans l’éducation, mais de garantir que son utilisation serve des objectifs pédagogiques clairement définis. Les auteurs invitent ainsi à inverser la logique habituelle de l’innovation : plutôt que de demander comment utiliser une nouvelle technologie, il faut d’abord déterminer quel avenir éducatif l’on souhaite construire et à quelles conditions l’IA peut y contribuer.

Source : Fajardo-Ramos, D. C., Chiappe, A. et Martínez-Pérez, S. (2026). Can education set the agenda for AI? Simulated innovation and pedagogical direction-setting in teacher education. Frontiers in Education, 11, 1897627.

https://doi.org/10.3389/feduc.2026.1897627

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